Jean Dubuffet, un barbare en Europe

Date de parution : 
24/04/2019
Format :
190 x 285 mm
224 pages
Code EAN : 
9782754110952
35.00 €
Catalogue officiel de l’exposition  Jean Dubuffet, un barbare en Europe  du 24 avril au 2 septembre 2019 au Mucem. L’exposition voyagera ensuite à Barcelone puis au musée d’ethnographie de Genève.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la culture connaît une crise profonde. L’art constitue l’un des symptômes les plus aigus de ce processus de reconstruction politique, anthropologique et philosophique. Au sein de cette dynamique, l’artiste français Jean Dubuffet (1901-1985) est incontournable. Avec ses collectes pour la Compagnie de l’Art Brut et son propre travail de peintre, Dubuffet permet de dépasser la croyance en la supposée primitivité des artefacts annexés à la catégorie « art primitif », critiquant une certaine conception de la culture. Pour ce faire, il s’appuie sur un réseau de coopération mettant en lien artistes, écrivains, ethnologues et psychiatres qui participent de l’émergence d’une forme de relativisme culturel théorisé dans le champ de l’anthropologie d’alors. Restituer le cheminement de l’œuvre de Dubuffet, sous l’angle de l’histoire culturelle et de l’anthropologie, c’est raconter cette redistribution des valeurs qui fondent notre culture contemporaine.
 
Le catalogue s’articule en trois grandes sections :
1. Célébration de l’homme du commun
La figure fantasmatique de l’« homme du commun » est mise en œuvre par le peintre au cœur de ses écrits et de sa peinture dès 1944. L’« homme du commun » est à tout à la fois une manière de se définir et se situer dans le monde en général, et dans le monde de l’art en particulier, le sujet de sa peinture et la représentation qu’il se fait de l’artiste authentique.
 
2. Une ethnographie en acte
Dès l’entre-deux-guerres, Jean Dubuffet s’intéresse aux productions plastiques situées aux franges de l’histoire de l’art occidental. L’entreprise de l’Art Brut initiée en 1945 est au cœur de sa réflexion. Si l’on retient bien souvent son intérêt pour les dessins, peintures, sculptures et assemblages réalisés dans le milieu asilaire, il ne faut pas négliger son appétence et ses connaissances relatives à l’art populaire, au dessin enfantin, aux arts anciens ou aux artefacts extra-occidentaux. Le large réseau de coopération mobilisant ethnographes, psychiatres et autres amateurs d’altérité l’atteste. Plus avant, le peintre détourne les usages ethnographiques au profit de son œuvre et de sa pensée, procédant à une ethnographie en acte détournée.
 
3. Critique de la culture
La célébration de l’homme du commun et les rapports étroits qu’entretient Dubuffet avec les réflexions de l’ethnologie de son temps alimentent ce qui, dès 1949, s’institue comme une critique radicale de la culture humaniste. Dubuffet remet en cause la distribution des valeurs qui fondent celle-ci. Au cœur de son travail, le point de vue, le langage, les systèmes de croyance et les valeurs de l’art sont questionnés. La forme de relativisme absolu à laquelle procède alors le peintre ne va pas sans faire écho au travail de son contemporain Claude Lévi-Strauss, anthropologue intéressé par les démarches du peintre.