Duchamp confisqué, Marcel retrouvé

Collection : 
Format :
140 x 208 mm
112 pages
Code EAN : 
9782754103015
15.90 €
- A la fois polémique et profondément novatrice, une réinterprétation de l’œuvre et de la pensée de Duchamp, à rebours de la vulgate qu’en ont tiré artistes et milieux culturels de l’art contemporain. L’œuvre d’art libérée de la revalorisation de l’objet au profit de la valorisation des conditions de la création artistique : le processus, le comportement, le témoignage.

Très tôt Marcel Duchamp a voulu procéder à la publication systématique de son travail dans une sorte de musée portatif qui est la Boîte en valise. Selon sa volonté, c’est pourtant après sa mort que sa toute dernière œuvre fut montrée. Cette œuvre clôt ce qu’il est possible de dénommer le Grand-Œuvre de Marcel Duchamp et appelle l’interprétation à un renouvellement radical. Notre travail a pour objet de suivre la trame secrète qui unifie ce Grand Œuvre, et qui n’a que peu de rapport avec le nominalisme relativiste vers lequel on a voulu le tirer artificiellement. La vraie leçon de Marcel Duchamp n’est pas où elle est cherchée actuellement. Son apport ne réside pas dans la faculté que s’accorde l’artiste d’opérer la promotion du n’importe quoi au rang d’objet d’art. C’est l’acception même de la notion d’œuvre d’art qui est radicalement bouleversée. Son expérience le conduit à changer d’attitude vis-à-vis de l’œuvre d’art à telle enseigne qu’avec lui, elle n’est plus valorisée en elle-même, mais considérée comme un moyen privilégié d’accès à la réalité vitale. En réalité Duchamp se sert du paradoxe pour ouvrir la connaissance à de nouvelles régions dépassant les frontières de la logique, bousculant ses principes fondateurs et la routine de l’expérience quotidienne. Il est aussi l’un des inventeurs du transfert d’évidence : une réalité vitale insaisissable peut être rendue évidente par son transfert sur un support neutre (le Grand Verre). Pour que ce transfert ait lieu, il est nécessaire que le changement d’ordre soit effectivement fondé dans le paradoxe, paradoxe qui autorise le passage de l’esthétique à l’éthique. Ainsi se trouve reformulée la question de la représentation et il est naturel que sa toute dernière œuvre s’affronte à l’aporie du non-représentable. Marcel nous enseigne la distinction entre l’objet d’art et l’œuvre d’art. Du fait du caractère artisanal de l’art, l’objet apparaît comme son but. Pourtant, ce n’est pas le cas : à la différence de l’objet d’art, l’œuvre d’art est à la fois le processus et le résultat de l’action. En réduisant axiomatiquement l’objet d’art (urinoir), Marcel attire l’attention sur ce qui fait la valeur de la création artistique : le processus, le comportement, le témoignage. Marcel se méfie de l’esthétique, parce qu’il se méfie de l’objet. Si l’art est vocation et témoignage, cela implique d’abandonner une conception de l’œuvre d’art qui en fait un objet ou un produit sur lequel se focalise une esthétique de la réception, esthétique jugeant cette même œuvre d’art en fonction de sa reconnaissance par la société établie. La force de cette étude est de démontrer, à partir d’une interprétation nouvelle du travail et de la pensée de Duchamp, que contrairement aux idées reçues ils reconduisent l’attention sur le plus important : la démarche vérificatrice de l’artiste pour lequel la teneur de vérité de l’œuvre d’art est indissociable de la discipline que lui imposent les conditions de l’activité artistique. L’autonomie de l’artiste, que Duchamp réaffirme, n’a pas en elle-même sa propre fin, mais fonde la radicalité de la création avant-gardiste en donnant aux artistes des moyens nouveaux de discernement éthique. Une enquête réalisée par l’auteur en 1976 sur Duchamp auprès des artistes, et personnalités de l’art — « témoins » ou plus jeunes — telles que Karl Andre, Joseph Beuys, Daniel Buren, Pierre Cabane , John Cage, Christo, Jean Clair, Salvador Dali, Robert Lebel, Julio le Parc, Man Ray, Nicolas Schöffer, Arturo Schwarz, Tinguely, Andy Wharol, vient clôre cet essai qui propose une réinterprétation de l’entreprise de Duchamp, libérée de l’incidence qu’elle a eue sur l’art contemporain.