SynopsisAu cours des dernières décennies, les historiens de l’art ont réinterprété sous un nouvel angle le legs historique de l’impressionnisme, revendiquant son influence sur l’évolution de certains aspects de l’abstraction de la seconde moitié du XXe siècle. L’exposition Monet et l’abstraction se joint à cette tendance, dans l’optique de souligner son rôle dans le développement de la modernité. Situons-nous dans les dernières années du XIXe siècle. Dans son obsession de capter l’instantanéité, Claude Monet, le plus représentatif et prolifique, mais aussi le plus indépendant et novateur des impressionnistes français, finit par estomper la représentation picturale pour l’imprégner d’une atmosphère quasi abstraite. Son intérêt pour des questions telles que la perception de la nature et son besoin d’exprimer son vécu par des moyens purement picturaux le conduiront aux frontières de l’abstraction. Cependant, lors des premières décennies du XXe siècle, alors que s’imposent les nouvelles tendances de l’avant-garde, essentiellement fondées sur le concept de « construction », l’œuvre de Monet – comme celle de la plupart des impressionnistes, à l’exception de Cézanne – est taxée d’anachronisme et tombe dans l’oubli le plus complet. La preuve en est que sa mort, en décembre 1926, passera pratiquement inaperçue, tandis que ses Grandes Décorations, inaugurées un an plus tard au Musée de l’Orangerie, seront ignorées durant plusieurs décennies. Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que l’on assiste à la « redécouverte » de Monet, lorsque les jeunes chefs de file triomphants de l’expressionnisme abstrait américain lancent un nouveau regard sur son œuvre. La matérialité de sa peinture, sa technique « all-over », ses touches vives et ses formes estompées sont une véritable révélation pour la jeune génération de l’abstraction américaine, mais aussi pour les adeptes des informalismes européens. L’étude de ce revival de Monet par le mouvement abstrait a donné lieu à de nombreuses initiatives ces dernières années, auxquelles s’ajoute aujourd’hui cette exposition, qui confronte les tableaux du peintre impressionniste avec l’œuvre d’artistes tels que Pollock, Rothko, Krasner, Francis, Mitchell, Riopelle, Still, Gottlieb, Masson ou Richter. Elle propose ainsi une nouvelle lecture de ces artistes, tout en démontrant le rôle de Monet en tant que prophète indiscutable des courants « matériques » de la peinture abstraite.

Le livre en quelques motsCatalogue officiel de l’exposition du musée Marmottan du 16 juin au 26 septembre 2010. Après celle de Cézanne, le Monet des Nymphéas représente l’autre voie qui conduit à l’abstraction. Kandinsky puis les artistes américains des années 50Jackson Pollock, Mark Rothko, Willem de Kooning, Sam Francis, Joan Mitchell et Gerhard Richter, l’ont compris. L’événement Impressionnisme en Normandie et Monet au Grand-Palais en 2010.
